Tu sais déjà ce qui serait bon pour toi. Te reposer davantage, prendre des pauses, apprendre à dire non… ou au contraire changer certains comportements, sortir de la procrastination, introduire de bonnes habitudes…
Et pourtant, tu ne le fais pas. Ou alors sans grande conviction, et… ça ne tient pas dans le temps.
Plus ou moins consciemment, tu en viens à la conclusion que tu te sabotes.
Mais alors, qui est ce mystérieux saboteur ?
Le piège de l’auto-sabotage
On parle souvent d’auto-sabotage. Comme s’il y avait en nous une part obscure qui échapperait à notre contrôle, voire à notre conscience, et qui déciderait volontairement de nous faire échouer.
En résumé, nous serions notre propre ennemi.
C’est une lecture assez violente de notre fonctionnement interne, et elle s’avère souvent fausse.
Elle suppose qu’il y aurait en nous une volonté unique, claire, cohérente et stable. Et en fait, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne.
Et si ce n’était pas du sabotage ?
Ce qui peut ressembler à du sabotage s’avère plutôt la résultante de forces contradictoires, qui toutes, ont une légitimité.
Une partie de nous déborde de projets ambitieux, veut avancer, changer, se mettre en mouvement…
Une autre, souvent liée à nos besoins physiologiques, nous rappelle que nous devrions plutôt nous reposer, prendre du bon temps, voir nos amis et laisser un peu de côté tous ces projets trop fatigants.
Parfois, d’autres parties de nous, moins connues, moins visibles, cherchent à nous protéger : en nous évitant de reproduire d’anciens schémas, en ravivant d’anciennes douleurs… C’est souvent là que sont les freins les plus puissants : les mécanismes de protection qui ont eu leur utilité, à un moment donné de notre vie, et qui perdurent dans un contexte différent, à la lisière de notre conscience.
Une guerre intérieure… invisible
De l’extérieur, ton comportement peut sembler incohérent :
- Tu décides → tu ne fais pas
- Tu commences → tu arrêtes
- Tu veux → mais tu bloques
Ce qui se joue à l’intérieur, c’est une négociation permanente entre des forces contradictoires, qui aboutit parfois à un conflit ouvert. Une partie pousse, l’autre freine… aucune n’a tort, mais dans tous les cas, le conflit peut laisser des traces : tu ne fais plus confiance à ton intuition, à ta volonté… tu doutes de ta capacité à t’engager durablement dans les projets qui te tiennent à cœur. Dans le pire des cas, tu finis par douter de ta capacité à mener ta vie et à faire des choix.
Exemple concret
Tu veux reprendre quelque chose de bon pour toi.
Au hasard : le sport.
Tu y vas. Une fois, deux fois, trois fois… Tout va bien. Tu es fière de toi (et tu le peux !). Et puis, la fatigue s’installe. C’est trop intense, trop de sensations. Aujourd’hui, tu n’as pas le temps (trop de travail, les enfants, une sortie imprévue…).
Alors tu ralentis le rythme. Tu annules une séance, puis 2. Tu te forces à y retourner, et c’est tout sauf un plaisir.
Au bout de quelques semaines ou quelques mois, tu finis par éviter la rue de la salle de sport… et tu es convaincue de t’être une nouvelle fois auto-sabotée.
Tu te demandes quel est ton problème.
Si tu regardais autrement, tu pourrais voir qu’une partie de toi voulait vraiment avancer, mais qu’une autre a senti que c’était trop pour toi. Et ça, c’est OK : c’est un système qui a essayé de s’ajuster.
Le vrai problème
Le problème, ce n’est pas que tu “lâches”.
Le problème, c’est que tu interprètes ça comme un échec.
Ou même comme un défaut de personnalité.
Et du coup, tu t ajoutes :
- de la pression
- de la culpabilité
- de la dureté envers toi-même
Ce qui… relance encore plus le conflit !
Et si tu n’avais rien à “corriger” ?
Et si le point de départ, ce n’était pas de te forcer ?
Mais de comprendre :
- ce qui veut avancer
- ce qui veut protéger
- et pourquoi
Pas pour choisir un camp.
Mais pour arrêter la guerre.
Vers autre chose que la lutte
On nous a appris à :
- nous discipliner
- nous motiver
- nous “reprendre en main”
Mais rarement à nous écouter vraiment. Et encore moins à faire coexister des besoins contradictoires.
Sortir de ce qu’on appelle “auto-sabotage”, ce n’est pas devenir plus forte.
C’est devenir plus fine dans ta lecture de toi-même. Plus juste.
Pour conclure
Non, tu ne te sabotes pas. Tu es simplement le terrain d’un conflit intérieur.
Un endroit où certaines parts veulent avancer, pendant que d’autres tentent de protéger quelque chose de plus fragile.
Et tant que ce conflit reste invisible, tu continues à croire que le problème… c’est toi.
Mais le problème, ce n’est pas toi. Ce sont ces parties de toi qui n’ont pas encore appris à dialoguer ensemble pour trouver une solution gagnante.
La suite, ce n’est pas de devenir plus forte, c’est d’apprendre à faire la paix (et accessoirement… à te foutre un peu la paix…).